Génocide rwandais : l’armée française « exemplaire »

Alors que Nicolas Sarkozy a reconnu des « erreurs de la France » dans le génocide au Rwanda, mais sans pour autant s’excuser, Edouard Balladur, Premier ministre français de l’époque a lui défendu la conduite « exemplaire » de l’armée française en 1994.

L’ancien Premier ministre Edouard Balladur au palais de l’Elysée le 5 mars 2009 © AFP

L’ancien Premier ministre Edouard Balladur au palais de l’Elysée le 5 mars 2009 © AFP

Publié le 27 février 2010 Lecture : 2 minutes.

Edouard Balladur, Premier ministre français de 1993 à 1995, assure que "l’armée française a été exemplaire" au Rwanda et défend l’opération Turquoise qui était, selon lui, "strictement humanitaire" et visait à "protéger le plus de Rwandais possible contre les massacres" en 1994. "Les erreurs qu’a commises la France ont consisté à pratiquer une coopération, une connivence trop étroite avec le gouvernement rwandais de l’époque antérieure à mon arrivée au gouvernement, qui était un gouvernement hutu", déclare l’ex-Premier ministre au journal Le Figaro publié samedi 27 février.

"Lorsque le nouveau gouvernement que j’ai dirigé en 1993 est arrivé au pouvoir, il a pris toutes les mesures pour distendre cette coopération. Il a favorisé les accords d’Arusha (1993) entre les Hutu et les Tutsi pour mettre fin aux oppositions des communautés, l’armée française s’est retirée et j’ai veillé à ce qu’on arrête toutes les livraisons d’armes", a poursuivi M. Balladur.

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Erreurs d’appréciation

Jeudi à Kigali, Nicolas Sarkozy a reconnu "de graves erreurs d’appréciation" de la France et "une forme d’aveuglement", affirmant notamment que Paris n’avait pas "vu la dimension génocidaire" du régime du président hutu Juvénal Habyarimana qu’il soutenait alors. Il est le premier président français à s’être rendu au Rwanda depuis le génocide, qui a fait, selon l’ONU, plus de 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi. Le régime rwandais actuel, issu de la rébellion tutsi qui a renversé les partisans hutu de Habyarimana, accuse la France d’avoir entraîné et armé les futurs génocidaires, par son soutien notamment militaire au pouvoir de l’époque, une accusation que récuse catégoriquement la France.

Par ailleurs, en 2008, un rapport d’enquête rwandais accuse une trentaine de chefs politiques et militaires français en poste de 1990 à 1994 -dont Edouard Balladur -d’avoir "participé à l’exécution" du génocide et d’avoir ensuite favorisé la fuite des génocidaires au Zaïre voisin en se servant de l’opération Turquoise.

Opération "strictement humanitaire"

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Après l’attentat contre le président Habyarimana, qui a marqué le début du génocide, M. Balladur a fait valoir que la "question était de savoir : faut-il que la France intervienne pour s’interposer entre les combattants ?". "C’est là, a-t-il dit, que j’ai proposé l’opération Turquoise, qui était strictement humanitaire et avait pour objet de protéger le plus de Rwandais possible contre les massacres".

"A-t-elle été décidée trop tard et n’était-elle pas assez importante ? (…) Il ne faut pas oublier que nous devions avoir l’accord des Nations unies, et que pour cela je me suis rendu à New York en compagnie d’Alain Juppé (alors ministre des Affaires étrangères). Donc nous ne pouvions pas aller plus vite, et d’ailleurs nous avons été les premiers à dire qu’il s’agissait d’un génocide, nous Français, par la voix du gouvernement", a-t-il plaidé.

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