États-Unis : inspecteurs la bavure

Encore un Noir victime d’un dérapage policier, le 17 juillet à New York. Son crime ? Il vendait des cigarettes à la sauvette.

Eric Garner, la victime, avec trois de ses six enfants. © AP/SIPA

Eric Garner, la victime, avec trois de ses six enfants. © AP/SIPA

Publié le 9 août 2014 Lecture : 2 minutes.

Eric Garner, 43 ans, est mort le 17 juillet devant un magasin de perruques et d’extensions capillaires de Staten Island. Un mémorial de fortune évoque son destin tragique. Des bougies, quelques paquets de cigarettes et cette simple inscription sur une pancarte : "Encore un Noir tué par la police de New York."

Véritable colosse connu dans le quartier pour son aptitude à mettre un terme aux bagarres, Garner vend des cigarettes sous le manteau quand un policier en civil tente de l’arrêter. Protestations, bousculade… D’autres policiers arrivent en renfort, plaquent le suspect au sol, le saisissent à la gorge. Sur une vidéo prise par un passant, on entend à plusieurs reprises Garner crier : "Je ne peux plus respirer !" Il perd connaissance, son coeur cesse de battre : crise cardiaque. Il était asthmatique, diabétique et père de six enfants.

la suite après cette publicité

Cette bavure du New York Police Department (NYPD) est très loin d’être la première. On se souvient peut-être d’Amadou Diallo, un immigrant guinéen tué en 1999, ou de Sean Bell, abattu en 2006 dans le Queens à la sortie d’une boîte de nuit, la veille de son mariage… Elle relance le débat sur les méthodes du NYPD.

Le recours à l’étranglement lors de l’arrestation d’un suspect a été officiellement proscrit il y a plus de vingt ans. Pourtant, l’an dernier, l’agence municipale chargée d’enquêter sur les abus policiers a été saisie de 233 plaintes concernant ce type d’agissements. De manière générale, c’est toute la stratégie du NYPD qui est dans le collimateur. Elle consiste à punir systématiquement les personnes coupables de délits, même mineurs, afin de les dissuader d’en commettre de plus graves.

On appelle ça la broken windows theory ("la théorie des vitres brisées"). Résultat : alors que New York n’a jamais été aussi sûr, le nombre des arrestations grimpe en flèche : 394 539 en 2013, soit plusieurs dizaines de milliers de plus qu’en 1995, alors que le taux d’homicides était à l’époque trois fois supérieur.

>> À lire aussi : après la mort de Trayvon Martin, l’Amérique indignée

la suite après cette publicité

Excès de zèle

Garner avait ainsi été arrêté une trentaine de fois pour vente illicite de cigarettes. À New York, on peut être interpellé pour avoir posé son pied sur une banquette dans le métro ou être passé d’un wagon à l’autre. Un zèle policier jugé par beaucoup excessif.

la suite après cette publicité

Kenneth Thompson, le procureur de Brooklyn (qui fut l’avocat de Nafissatou Diallo dans l’affaire DSK), vient d’annoncer qu’il renonçait à poursuivre les personnes arrêtées en possession de petites quantités de marijuana. William Bratton, le chef du NYPD, qui inventa la broken windows theory en 1994, souhaite désormais que, dans les cas d’infractions mineures, les policiers procèdent à des remontrances verbales plutôt qu’à des arrestations.

Bill de Blasio, le maire de la ville, a pour sa part différé son départ en vacances, tandis que Daniel Pantaleo, l’auteur de l’étranglement, était mis à pied avant d’être jugé. Les autorités commenceraient-elles à prendre au sérieux le fléau des bavures policières ?

La Matinale.

Chaque matin, recevez les 10 informations clés de l’actualité africaine.

Image

Contenus partenaires