[Tribune] Non, le militaire africain n’est pas incompétent !

Pour entrer dans une véritable logique de partenariat avec les puissances étrangères, les États africains doivent élever leurs académies militaires au rang de priorité, analyse le politologue Oswald Padonou.

Des militaires zimbabwéens lors de l’investiture du nouveau président, Emmerson Mnangagwa, à Harare, le 25 novembre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

Des militaires zimbabwéens lors de l’investiture du nouveau président, Emmerson Mnangagwa, à Harare, le 25 novembre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

PADONOU-Oswald
  • Oswald Padonou

    Docteur en sciences politiques. Enseignant et chercheur en relations internationales et études de sécurité

Publié le 18 mai 2018 Lecture : 2 minutes.

Nombreux sont les officiers, en Afrique subsaharienne, qui se glorifient d’être des purs produits de prestigieuses académies militaires européennes, américaines ou asiatiques. Plus rares sont ceux qui se vantent d’être sortis de Toffo, au Bénin, de Tondibiah, au Niger, ou de Pô, au Burkina Faso, s’ils n’ont pas d’autres références « internationales » à faire valoir. Un constat qui interroge sur la place de nos pépinières de cadres des armées sur l’échiquier de la mondialisation. Que valent-elles donc réellement ?

Pas grand-chose, tout comme la plupart de nos universités, malgré un potentiel important. Pas grand-chose, parce que ces centres ne sont pas suffisamment pourvus en personnels enseignants permanents de haut niveau, en chercheurs avec des programmes de recherche financés, en ressources documentaires, en infrastructures de qualité. Pas grand-chose, car ils n’ont pas d’interface appropriée pour « vendre » au public et aux armées concurrentes ou partenaires l’image de centres dont l’excellence serait unanimement admise.

Shaka Zulu ne saurait être mieux enseigné ailleurs qu’en Afrique

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Tout cela contribuerait pourtant à accroître leur attractivité, non seulement auprès des élites africaines, mais aussi et surtout auprès des futurs officiers des armées d’Amérique, d’Europe ou d’Asie. Plutôt que de se spécialiser sur les problématiques africaines en restant chez eux à recevoir des enseignements transmis par les leurs – avec parfois des clichés sur l’Afrique –, ou en se cloîtrant dans les grands hôtels des capitales africaines lors de séminaires dont les formats sont souvent éloignés de ce que l’Afrique a à faire valoir en matière de spécificités stratégiques, ces derniers pourraient effectuer un séjour dans une académie africaine. Parce que des monarques tels Shaka Zulu, Behanzin – des officiers africains oubliés malgré leurs faits d’armes – ne sauraient être mieux enseignés à nous-mêmes et aux autres ailleurs qu’en Afrique.

Sortir de la logique de pitié

La montée en puissance des académies militaires africaines représente un véritable enjeu pour nos États. Celui de battre en brèche l’image du militaire africain méchant et incompétent en produisant et en diffusant des connaissances élaborées sur notre vision des enjeux globaux et sécuritaires et sur notre propre situation… dans nos écoles.

Ce n’est qu’au prix de ces choix et de ces investissements stratégiques que l’Afrique subsaharienne sortira de la logique de pitié qui préside à l’« aide » des puissances étrangères pour entrer dans une logique de véritable partenariat, laquelle s’appuie sur la réciprocité et la complémentarité.

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