En Israël, Javier Milei vante sa proximité avec la communauté juive marocaine
Au-delà des enjeux diplomatiques, la visite du président argentin en Israël témoigne de sa grande proximité avec la communauté juive marocaine de Buenos Aires, dirigée par un rabbin qui s’occupe personnellement de la conversion au judaïsme du président.
En visite officielle en Israël depuis mardi 6 février, le président argentin Javier Milei a reçu un accueil digne d’une rock star. Ce libertarien, campé à l’extrême droite, élu en novembre 2023, a fait prendre à l’Argentine un virage pro-États-Unis et pro-israélien, en rupture avec ses prédécesseurs sensibles à la cause palestinienne et proches du groupe des Brics.
Fidèle à ses promesses de campagne, Milei a annoncé, dès son arrivée sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, son intention de déménager l’ambassade de son pays à Jérusalem – ce qui équivaut à reconnaître l’annexion israélienne en 1981 de l’ensemble de la ville sainte –, sans toutefois préciser le délai. Dans la foulée, le président argentin s’est recueilli devant le mur des Lamentations, où il s’est effondré en sanglots. Une émotion palpable, à mille lieux de son caractère éruptif et grossier, qui démontre que cette visite dépasse les enjeux géopolitiques et le simple coup de com’.
Né catholique, Javier Milei n’a jamais caché son profond intérêt pour le judaïsme et a plusieurs fois évoqué sa volonté de « devenir juif », voire le premier président argentin de confession juive. Son seul obstacle ? « Si je deviens président, comment vais-je faire à Shabbat ? Vais-je me déconnecter du pays du vendredi au samedi ? Certaines questions rendraient la religion incompatible », déclarait-il au journal espagnol El Paìs en juillet 2023.
Milei et le rabbin
Derrière cette passion pour la religion juive, un homme : le rabbin Shimon Axel Wahnish, qui dirige l’Acilba, l’Association des juifs marocains d’Argentine basée à Buenos Aires. C’est lui qui encadre le président argentin dans son processus de conversion religieuse. Les deux hommes, qui se côtoient depuis des années, échangent quasiment quotidiennement. Avant que Milei n’accède au pouvoir, ils étudiaient la Torah jusqu’à trois heures par jour. Ce dernier considère le rabbin comme son « guide spirituel » et un « homme de confiance ». Entre autres enseignements, le religieux lui a conseillé de consulter ce texte sacré « du point de vue de l’analyse économique », explique le chef d’État argentin qui s’autoqualifie « d’anarcho-capitaliste ».
Lors de ses apparitions publiques, le président argentin a d’ailleurs pris l’habitude de citer des passages de la Torah. Au cours de sa campagne électorale, il était également monté sur scène au son du shofar, une corne de bélier utilisée lors des célébrations de Roch Hachana, avant de se rendre au musée de l’Holocauste de Buenos Aires ou de se recueillir, à New-York, sur la tombe de Menachem Mendel Schneerson, l’ancien chef spirituel du mouvement ultra-orthodoxe Habad-Loubavitch.
La proximité entre Javier Milei et la communauté juive marocaine de Buenos Aires pourrait-elle avoir un impact sur la relation diplomatique entre le Maroc et l’Argentine ? Depuis plusieurs décennies, le pays s’est prononcé en faveur de « l’intégrité territoriale du royaume », mais Milei pourrait-il aller plus loin en reconnaissant la « marocanité du Sahara », à l’instar du président américain Donald Trump, en décembre 2020 ? Difficile à dire, mais il y a en tout cas des similitudes entre Trump et Milei.
En effet, « l’artisan » des accords d’Abraham et de la reconnaissance américaine du Sahara marocain n’est autre que Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, lui-même extrêmement proche d’un rabbin marocain : le fameux Yoshiyahu Yosef Pinto. Or ce rabbin, consultant pour les puissants de ce monde à ses heures perdues et passé par la case prison en Israël pour corruption en 2015, côtoie entre autres l’homme d’affaires Patrick Drahi ou encore Eduardo Elsztain, magnat de l’immobilier en Argentine. Pendant la pandémie de Covid-19, ce dernier a même traversé l’Atlantique avec son jet privé pour passer une demi-journée avec le rabbin à Casablanca. Le monde est petit.
Une communauté forte
Quant à la communauté Acilba de Buenos Aires, proche de Javier Milei, celle-ci continue de cultiver ses racines marocaines. Du 8 novembre au 5 décembre 2023, elle a notamment organisé un mois de la culture judéo-marocaine dans la capitale argentine. Tandis qu’en novembre 2019, l’ensemble de la communauté juive marocaine de Buenos Aires publiait un communiqué pour « réaffirmer son attachement profond au Maroc […] leur mère patrie », ainsi qu’au « glorieux Trône alaouite ».
Environ 200 000 citoyens de confession juive vivent en Argentine, dont 30 % sont séfarades, originaires du Maroc ou encore de l’ancien Empire ottoman. Les juifs marocains, majoritairement originaires de Tanger, Tétouan et Larache (au nord du Maroc), ont immigré en Argentine dès la fin du XIXe siècle, à la faveur de lois libérales, pour fuir des conditions de vie difficiles.
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