Interdiction de l’alcool en sachet : le Bénin fait d’une pierre deux coups
Le gouvernement béninois a annoncé l’interdiction de la production, de l’importation et de la distribution des boissons alcoolisées en sachet plastique.
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Damien Glez
Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.
Publié le 1 juin 2024 Lecture : 2 minutes.
En régulant davantage le secteur des boissons alcoolisées, le Bénin s’attaque à deux fléaux. L’effet d’annonce concerne d’abord la lutte contre l’alcoolisme, qui mine notamment les générations les plus désargentées, consommatrices d’alcool souvent frelaté et conditionné en petits sachets. Après une question orale avec débat, en plénière de l’Assemblée nationale, le 16 mai, la ministre du Commerce, Shadiya Assouma, a signé un arrêté interdisant totalement la production, l’importation et la distribution des boissons alcoolisées en sachet plastique.
Ce conditionnement spécifique permet la fixation de prix extrêmement bas et attire particulièrement la population jeune vers une consommation abusive, dans un pays où l’âge médian de la population est de 17 ans. Le Togo et le Ghana ont déjà embouché la trompette de la prohibition.
Problématique septentrionale
Si une idée reçue associe la consommation de l’alcool industrialisé à l’urbanisation extrême et ses effets « désocialisants », c’est le nord du Bénin qui semble le plus touché par les ravages des petits sachets de boissons frelatées. En 2018, déjà, une grande manifestation avait été organisée dans les rues de Natitingou pour attirer l’attention des autorités nationales sur les dégâts d’une consommation éthylique toxique. Une alcoolo-dépendance qui conduit, au-delà des conséquences sanitaires, à des comportements sociaux délétères.
L’interdiction des boissons alcoolisées en sachet va évidemment déstabiliser de nombreux petits commerçants dont certains devront se reconvertir, même si le marché noir sait généralement s’accommoder de la prohibition, surtout quand les enjeux économiques sont d’envergure.
La décision du ministère du Commerce devrait susciter plusieurs mesures d’accompagnement. Les consommations toxicomanes, liées ou non à l’alcool, ne s’interrompent pas d’un coup de baguette magique. La jeunesse en manque de petits sachets pourrait jeter son dévolu sur d’autres produits tout aussi dangereux, comme le diazépan ou le tramadol.
Répression et sensibilisation
Le gouvernement évoque à la fois des campagnes de sensibilisation – en direction des distributeurs et des consommateurs – et la promotion de boissons aux teneurs en alcool moindres, voire inexistantes. Entre recherche de santé et quête d’authenticité, la valorisation de certaines boissons traditionnelles pourraient même conduire à une réappropriation de la culture béninoise.
Au passage, et plus qu’accessoirement, sur un autre plan que celui de la santé publique, la mesure béninoise d’interdiction des boissons alcoolisées en sachet contribue à la lutte contre la prolifération des matières plastiques non biodégradables. Un autre fléau que des mesures n’ont pas réussi à endiguer, au Bénin comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest.
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