La mine de Kolwezi provoque un scandale dans la City
La dernière affaire qui secoue la City implique le gouvernement congolais, un Lord britannique et deux sociétés minières qui se disputent la mine de cuivre de Kolwezi. Pas vraiment de quoi redresser l’image de la RD Congo en matière de corruption.
Pour émouvoir la City, temple des acrobaties financières douteuses, il en faut beaucoup. C’est pourtant ce qu’a réussi à faire Sir Richard Sykes, un des membres britanniques de la direction d’Eurasian Natural Resources Corporation (ENRC), une société minière contrôlée par des capitaux kazakhs et présente en RD Congo.
L’approbation de Sir Richard pour le rachat de la mine de cuivre de Kolwezi (sud-est de la RD Congo) par ENRC interpelle les milieux d’affaires londoniens. À tel point que le Sunday Times, dans un éditorial au vitriol intitulé « La City en guerre en Afrique », vient d’accuser Sir Richard d’avoir trahi la confiance des investisseurs, « au risque d’y perdre sa réputation ». Une réputation à laquelle le journal fixe un prix : 250 000 dollars par an, le montant de ses émoluments chez ENRC.
Caution morale
La consternation du journal provient du fait que Sir Richard, ancien président du géant pharmaceutique GlaxoSmithKline, n’aurait pas joué suffisamment « chaperonné » la société qui le rémunère grassement. Il fait en effet partie des vétérans de la City appelés à siéger comme caution morale dans les conseils d’administration des compagnies minières venues du monde entier s’introduire à la Bourse de Londres dans les années 2000, afin d’y lever des capitaux. Or les agissements d’ENRC laissent pour le moins perplexes et jettent une lumière crue sur le monde des mines en RD Congo.
À l’origine, la mine de Kolwezi, par laquelle le scandale arrive, appartenait à une société minière canadienne, First Quantum Minerals (FQM), cotée à la fois à Londres et à Toronto. FQM affirme avoir investi plus d’un milliard de dollars en RD Congo avant d’être définitivement éjectée en août 2009 « sans aucune base légale », de la mine de Kolwezi pour, affirme-t-elle, avoir notamment refusé de verser des dessous de table… FQM a été expulsée, coup sur coup, de trois mines congolaises et multiplie les recours.
Relent de corruption
De son côté, Kinshasa l’accuse de fraude fiscale et a lancé une enquête pour des « irrégularités » et des « informations suggérant que les dirigeants de la compagnie ont été impliqués dans des malversations ». FQM, quant à elle, en a imédiatement appellé à la Cour internationale d’arbitrage à Paris. Son directeur général Clive Newall a promis « d’aller jusqu’au bout » et a annoncé cette semaine qu’il allait aussi saisir le Centre international de règlement des différends relatifs à l’investissement (Cirdi) dont le siège est à Washington.
La société canadienne reproche à sa concurrente ENRC d’avoir racheté la mine de Kolwezi au rabais – 175 millions de dollars -, sans même attendre le jugement de la cour de Paris, alors que le cours du cuivre est au plus haut. ENRC argue quant à elle avoir agi de manière purement pragmatique. Mais certains de ses actionnaires, subodorant un relent de corruption, ont publiquement fait connaître leur désapprobation.
Quelle que soit la suite de l’affaire, l’histoire n’est pas flatteuse pour le climat des affaires en RD Congo, qui est déjà classée par l’ONG Transparency International parmi les 20 pays les plus corrompus au monde. (Avec AFP)
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