Jeremy Rifkin : « L’Afrique peut être le leader de la 3e révolution industrielle »
Selon l’économiste américain Jeremy Rifkin, l’Afrique est le continent le plus propice à l’essor de la troisième révolution industrielle et d’une société du coût marginal zéro, ses deux théories phares, qu’il présente en réponse au changement climatique.
« L’heure de l’Afrique est arrivée. Elle a la possibilité de devenir le leader de la 3e révolution industrielle, plus que tous les autres continents ». Difficile de faire mieux pour conquérir le public de la troisième édition de l’Africa CEO Forum, réuni lundi 16 mars à Genève. L’économiste américain, qui s’exprimait dans le cadre d’un « keynote speech » d’une heure, a décliné autour de l’Afrique sa théorie selon laquelle le XXIe sera le théâtre d’un nouveau bouleversement industriel.
Ressources
Après le charbon et l’électricité, l’heure est désormais à la convergence d’internet, de l’énergie et des transports, professe Jeremy Rifkin, à grand renfort d’exemples plutôt spécifiques aux « pays développés ». Au coeur de son discours : les énergies renouvelables et décentralisées, dont le coût a très fortement chuté ces dernières années et pour lesquelles l’Afrique dispose d’un immense potentiel.
« L’Allemagne, qui s’est déjà engagée dans cette voie, produit aujourd’hui 25 % de son énergie à partir d’éolien et de solaire, et elle n’a pas un centième des ressources de l’Afrique en la matière », a souligné l’économiste basé à Washington devant quelque 800 décideurs africains. Sur le continent, les moyens de production au gaz et au charbon devancent encore largement les énergies renouvelables, qui sont cependant les sources d’énergie les moins chères dans la plupart des zones rurales.
Le développement vital des infrastructures électriques – un thème récurrent durant cette première journée de l’Africa CEO Forum 2015 – doit permettre l’accès de quelque 600 millions d’Africains à cette ressource, mais aussi soutenir le développement économique du continent. « L’Afrique va passer directement de l’absence d’électricité à l’Afrique digitale », promet Jeremy Rifkin.
>>>> Lire aussi – 1,9 milliard de dollars pour les énergies renouvelables en Afrique
80 % de voitures en moins
L’exemple des énergies renouvelables est également au coeur du deuxième pilier de la théorie développée par le « Professor Rifkin » : le coût marginal zéro. « Avec de l’éolien et du solaire, vous produisez plus d’énergie, donc plus de valeur ajoutée, sans coût supplémentaire », a-t-il souligné. Au sein de la nouvelle économie du partage, que Jeremy Rifkin appelle de ses voeux, les exemples de coût marginal zéro sont nombreux, dit-il, citant la musique, les jouets ou encore les véhicules. « Les jeunes générations n’achèteront plus de voitures, c’est fini », a martelé l’économiste.
« Nous pouvons éliminer 80 % des véhicules en circulation dans les 25 prochaines années », a-t-il ajouté. Un processus dont l’impact sera particulièrement visible en Afrique : réduction du trafic, de la pollution mais limitation du changement climatique, appelé à être particulièrement dévastateur pour le continent. La contribution actuelle de l’Afrique aux émissions de gaz à effet de serre est cependant minime.
Lors d’un débat organisé à l’issue de cette présentation, le ministre ivoirien des nouvelles Technologies et de la Communication, Bruno Koné, tout en saluant la vision de Rifkin, a souligné qu’en Afrique le recours à ces technologies ne devait pas faire perdre de vue les priorités, au premier rang desquelles l’amélioration des conditions de vie de la population, un thème largement délaissé par l’économiste américain.
Par Marion Douet, envoyée spéciale à Genève
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