Chantiers du Congo: la politique du résultat

La Délégation générale des grands travaux du Congo a dix ans et des dizaines d’ouvrages à son actif. Si, de la définition des priorités au choix des opérateurs, ses projets ne sont pas épargnés par la critique, ils ont un fort impact sur le développement.

En 2011, la DGGT avait un budget de 580 millions d’euros. © DGGT

En 2011, la DGGT avait un budget de 580 millions d’euros. © DGGT

Publié le 24 août 2012 Lecture : 5 minutes.

À l’origine de la mise en place de la DGGT, en 2002, les besoins de reconstruction après les conflits des années 1990, mais aussi de modernisation et d’industrialisation du Congo, qui, même si le chemin est encore ardu, vise le statut de pays émergent à l’horizon 2025. Au lendemain de son élection, le chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, a décidé de mettre en place une délégation inspirée de la Direction et Contrôle des grands travaux de Côte d’Ivoire (l’ancêtre du Bureau national d’études techniques et de développement). Sa mission : coordonner la réalisation de grands projets, depuis le lancement des appels d’offres (études et travaux) jusqu’à la réception des ouvrages, en passant par le suivi des chantiers.

Mécontentement

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À l’époque, le Centre d’expertise des projets d’investissement, rattaché au ministère du Plan, était peu opérationnel. D’où la création de la DGGT, dont la direction a été confiée à Jean-Jacques Bouya, avec le titre de ministre délégué. En tant que maître d’ouvrage délégué, la structure agit pour le compte d’un ministère technique, qui reste le bénéficiaire et le propriétaire de l’ouvrage réalisé.

Les pourdendeurs pointent du doigt les palais présidentiels qui fleurissent dans chaque chef-lieu de département.

Autant dire que son existence fait couler beaucoup d’encre et fait parfois grincer des dents. Car si la DGGT a ses inconditionnels, elle a aussi ses pourfendeurs. D’une manière générale, peu de Congolais contestent la nature des ouvrages et des édifices réalisés – en tout cas, pas ceux à vocation socioéconomique comme les infrastructures de transport, les complexes hydroélectriques, les marchés, les voiries, les logements, les hôpitaux ou les écoles. Les critiques portent principalement sur des réalisations entrant dans le cadre de la municipalisation accélérée (« MA » pour les initiés), un programme destiné à doter les départements des infrastructures administratives et socioéconomiques nécessaires à leur modernisation et à la dynamisation de l’économie locale (récemment lancé dans le Pool). Sont ainsi pointés du doigt les palais présidentiels qui fleurissent dans chaque chef-lieu de département, ou encore la superficie de certains bâtiments affectés aux services décentralisés de l’État (hôtels de préfecture ou de sous-préfecture, gendarmeries, etc.) et aux collectivités locales (conseils de département, mairies), jugée parfois démesurée par rapport à l’importance démographique et économique du territoire concerné.

Super-ministère

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La standardisation de la plupart des édifices publics, réalisés sur le même modèle, est un autre point de friction récurrent. « C’est du prêt-à-porter, du clé-en-main… Où est notre originalité ? Il y a eu peu d’innovations architecturales tenant compte des spécificités régionales », se plaint un professionnel.

Les critiques ne manquent pas non plus de s’attaquer au rôle de la DGGT. « Dans les faits, c’est un super-ministère qui ne dit pas son nom, une administration parallèle. La Délégation s’est substituée aux ministères techniques, qu’elle a vidés de leurs missions et de leurs capacités. Les études et les travaux sont en majorité réalisés par des sociétés étrangères. Le chef de l’État fait davantage confiance à la DGGT, qui lui est rattachée, qu’à ses ministres », affirme un fonctionnaire des travaux publics.

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D’autres déplorent son manque de responsabilité. En cas d’interpellation du Parlement sur un projet, c’est en effet le ministre bénéficiaire de l’ouvrage qui répond, pas la DGGT ni son délégué général. Toutefois, les risques de défaillance ou de non-achèvement des travaux seraient rares, car la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP) « intervient à tous les stades – en amont, pendant et en aval des travaux – et délivre des avis de non-objection », assure un collaborateur de la DGGT.

Enfin, certains fonctionnaires et conseillers de ministres maugréent que, s’ils bénéficiaient des mêmes conditions de travail que le personnel de la DGGT, « [ils seraient] tout aussi performants »… Allusion empreinte de jalousie aux moyens – bons salaires, matériel dernier cri, bureaux spacieux, etc. – dont disposent les quelque deux cents collaborateurs de la Délégation. Une petite moitié de cet effectif est composée de fonctionnaires détachés, dont une soixantaine d’ingénieurs et de techniciens.

L’accent est mis sur l’énergie, les transports, l’assainissement et les édifices publics.

Critiques ou pas, la DGGT peut se prévaloir de ses réalisations, dont certaines – en particulier le bitumage de la RN1 entre Pointe-Noire et Dolisie, de la RN2 entre Owando et Ouesso et de routes de connexion avec les pays voisins, le barrage hydroélectrique d’Imboulou, le réseau de fibre optique ou encore les nouveaux villages agricoles – ont déjà un impact très positif sur les conditions de vie de la population et les activités économiques.

Un budget de 380 milliards de francs CFA

Ces dernières années, l’accent a été mis sur les ouvrages dits structurants (transport routier et aérien, énergie et assainissement), ainsi que sur les édifices de souveraineté, premières étapes pour la modernisation et l’industrialisation du pays. Tout en maintenant ce cap, notamment via la liaison routière avec le Cameroun et la RD Congo, le développement aéroportuaire, la réhabilitation et le renforcement des ports fluviaux et du chemin de fer, les autorités vont lancer de nouveaux projets consacrés à l’éducation, au sport, à la santé, à l’aménagement touristique, et mettre en place des zones économiques spéciales.

Pour sa part, la fameuse « MA », dont les travaux sont programmés sur cinq ans, a déjà concerné plusieurs départements, dont le choix relève du chef de l’État : Pointe-Noire et Kouilou, Likouala, Niari, Cuvette, Brazzaville, Cuvette-Ouest et, désormais, Pool. Pour la Sangha, le chantier commencera en 2013. Les autres suivront, choisis alternativement dans le Nord et dans le Sud.

Le choix des départements bénéficiant de la municipalisation accélérée relève du chef de l’État.

D’environ 70 milliards de F CFA (près de 107 millions d’euros) en 2005, le montant annuel des investissements de la DGGT a plus que quintuplé pour atteindre 380 milliards de F CFA en 2011. Ce sont les travaux relevant de la municipalisation accélérée qui mobilisent de plus en plus de fonds. Discrétion, en revanche, sur le budget de fonctionnement de la Délégation.

Les prochains ouvrages, dont le choix s’inspire du projet de société du chef de l’État, le « Chemin d’avenir », seront ceux arrêtés par le plan national de développement pour la période 2012-2016, le « Document de stratégie pour la croissance, l’emploi et la réduction de la pauvreté », élaboré par le ministère de l’Économie, du Plan, de l’Aménagement du territoire et de l’Intégration et adopté par le Parlement en juillet dernier. Et pour cause : c’est de ce ministère, qui centralise les projets des ministères techniques, que tout part. Avant de passer, bien sûr, par le contrôle des Finances. 

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