Ghana : un journaliste d’investigation abattu en pleine rue à Accra

Le journaliste ghanéen Ahmed Hussein-Suale, connu pour avoir révélé un scandale de corruption dans le milieu du football, a été abattu le 16 janvier dans son véhicule par des individus circulant en moto alors qu’il roulait dans le quartier de Madina à Accra.

Dans les rues d’Accra, en juin 2015. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Dans les rues d’Accra, en juin 2015. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Publié le 17 janvier 2019 Lecture : 3 minutes.

Une enquête a été ouverte au Ghana après l’assassinat d’Ahmed Hussein-Suale un journaliste d’investigation ayant participé à une vaste enquête sur la corruption dans le foot africain. Il a été abattu par balles alors qu’il rentrait chez lui à Accra.

« Nos hommes sont en ce moment sur le terrain pour récolter des renseignements. Nous vous tiendrons informés des avancées de l’enquête en temps voulu », a déclaré le directeur du Département des enquêtes criminelles au Ghana, Maame Yaa Tiwaa Addo-Dankwa. Il ajoute que « Toute personne liée à ce meurtre sera interrogée, nous avons lancé une enquête de grande envergure ».

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Matchs truqués

Ahmed Husein faisait partie de l’équipe de reporters infiltrés dirigée par le célèbre journaliste Anas Aremeyaw Anas, qui a fait éclater l’an dernier un vaste scandale de corruption et de matchs truqués, conduisant à de lourdes sanctions des instances internationales de football.

Un officier de police a expliqué que le journaliste avait reçu des balles à la poitrine et au cou dans sa voiture, tirées par des hommes qui n’ont pas encore été identifiés.

Le journaliste assassiné avait récemment déposé plainte après qu’un député du parti au pouvoir cité dans l’enquête journalistique, Kennedy Agyapong, a diffusé sa photo à la télévision, promettant une récompense à qui le passerait à tabac.

« Le garçon qui est très dangereux, il vit ici à Madina. Si vous le rencontrez quelque part, cassez-lui les oreilles (…), tabassez-le. Quoi qu’il arrive je vais payer, parce qu’il est mauvais », avait déclaré le politicien lors d’une émission diffusée l’an dernier sur une chaîne privée ghanéenne.

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Propos « irresponsables »

L’avocat d’Ahmed Husein a qualifié jeudi les propos du parlementaire de « criminels », et dénoncé l’absence de réaction des autorités face aux menaces dont son client avait fait l’objet.

« Quand nous nous sommes plaints de ces déclarations irresponsables, personne ne s’en est saisi et voilà où nous en sommes arrivés », a déclaré Me Kissi Agyabeng.

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Le député Agyapong « doit désormais répondre à de nombreuses questions », a-t-il ajouté. « Vous devez être tenu responsable si vos actions ou inactions aboutissent à un crime. C’est écœurant (…) et irresponsable ».

Triste nouvelle, mais nous ne seront pas réduits au silence.

De nombreux journalistes ghanéens et défenseurs de la liberté de la presse ont aussitôt condamné jeudi sur les réseaux sociaux l’assassinat du journaliste de 34 ans, qui avait joué un rôle clé dans la récente enquête documentaire d’Anas Aremeyaw Anas.

« Triste nouvelle, mais nous ne serons pas réduits au silence. Repose en paix, Ahmed », a réagi Anas sur Twitter, qualifiant Ahmed Husein « d’excellent journaliste d’investigation expérimenté ».

Anas, qui dissimule son apparence pour des raisons de sécurité a lui aussi reçu des menaces de morts à plusieurs reprises,  il est considéré dans son pays comme le « super-héro anti-corruption » qui s’est donné pour mission de sauver l’Afrique de ces pratiques « meurtrières ».

Enquête immédiate

« Number 12 », son documentaire explosif sorti en juin 2018, piégeait des dizaines d’arbitres ghanéens et du continent ainsi que plusieurs dirigeants de la Fédération ghanéenne, dont son président, en leur proposant des pots-de-vin.

Après le scandale, plus de 50 arbitres africains ont été suspendus par la Confédération africaine de football (CAF).

Le président de la fédération ghanéenne, Kwesi Nyantakyi, avait été filmé avec des « investisseurs » potentiels (des journalistes infiltrés) à qui il faisait miroiter de juteux contrats avec le gouvernement ghanéen, en échange de plusieurs millions de dollars. Il a démissionné de ses fonctions, après avoir été suspendu pour trois mois par la Fédération internationale de Football (Fifa).

Le Comité pour la protection des journalistes a appelé dans un communiqué à une « enquête immédiate », demandant aux autorités ghanéennes de « veiller à ce que les menaces contre la presse soient prises au sérieux ».

La Commission nationale des médias a également condamné cet acte et a appelé la police à mener une enquête approfondie. « Il est dans l’intérêt de la nation d’arrêter les auteurs de ce crime », a déclaré le président de la commission, Yaw Boadu Ayeboafo.

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