[Tribune] Les femmes sont libres de porter un voile autant que des talons aiguilles

Lorsqu’une femme affirme que les vêtements dont elle se pare sont un choix, qu’elle se voile, se dévoile ou même se perche sur des échasses, tant qu’aucune loi n’est enfreinte, il ne devrait pas y avoir de discussion.

Des mannequins voilées exposées à la Foire musulmane du Bourget, près de Paris, en mars 2018 (image d’illustration). © Christophe Ena/AP/SIPA

Des mannequins voilées exposées à la Foire musulmane du Bourget, près de Paris, en mars 2018 (image d’illustration). © Christophe Ena/AP/SIPA

Hemley Boum
  • Hemley Boum

    Romancière camerounaise, Grand prix littéraire d’Afrique noire

Publié le 19 novembre 2019 Lecture : 2 minutes.

La question du voile, comme souvent à la veille des élections en France, défraie la chronique d’une façon disproportionnée compte tenu de tous les sujets politiques, économiques et sociaux qui secouent la société. Les autres problématiques, pourtant essentielles, sont reléguées au second plan. Les personnes hostiles au voile y voient le symbole d’une soumission insoutenable à la domination masculine, ce que j’entends.

Je me suis amusée à recenser dans ma propre garde-robe des pièces qui dénoteraient, vues sous un certain angle, de mon propre asservissement au patriarcat honni. Elles sont nombreuses mais un accessoire en particulier m’a semblé emblématique : l’escarpin, qui fait de nous des entités étranges mi-humaines mi-volailles, ne touchant terre que du bout des orteils.

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Féminité assumée

L’escarpin nous viendrait des dessins fétichistes du XVIIIe siècle et représentait clairement un fantasme sexuel. Ce qu’il est demeuré à bien des égards. Pourtant, l’escarpin, sans jamais vraiment quitter les eaux troubles de la séduction, est devenu par un merveilleux retournement de situation le symbole d’une féminité assumée dont il ne bride, malgré l’inconfort, ni les mouvements ni les ambitions.

Ce qui était à l’origine une objectivation du corps féminin est pour les femmes qui l’adoptent le signe de leur liberté, d’une réappropriation exacerbée toujours fragile et douloureuse de leur sexualité. Celles qui choisissent de porter le voile ne nous disent pas autre chose. Elles aussi nous parlent du contrôle de leur corps et de l’adéquation entre l’image qu’elles renvoient et leur spiritualité.

Un choix

Je pourrais revenir sur les raisons de l’adhésion volontaire ou non, consciente ou pas à nos servitudes. Sur le poids des traditions, des religions, de la culture et des modèles auxquels nous sommes soumis, sur les névralgies et les stigmates laissés par un passé mal digéré, sur le genre comme enjeu du pouvoir. Je pourrais y revenir afin d’explorer l’idée même d’une liberté qui plonge ses racines dans le terreau composite, contradictoire voire conflictuel que nous portons tous en nous. Ce n’est pas mon propos.

La seule chose qui importe vraiment ici est que lorsqu’une femme affirme que les vêtements dont elle se pare sont un choix, qu’elle se voile, se dévoile ou même se perche sur des échasses, tant qu’aucune loi n’est enfreinte, il ne devrait pas y avoir de discussion. Cela n’est hélas pas le cas dans toutes les sociétés, raison de plus pour protéger ces acquis sans cesse menacés.

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